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Cela fait 90 ans aujourd'hui qu'Auzon a subi une grande catastrophe naturelle avec un mur d'eau qui s'est abattu sur le bas du village voici un récit de Raymond Caremier

1 - PREMIÈRE ALERTE

C’est le paisible et sage ruisseau l’Auzon - deux à trois mètres de large habituellement - bien connu des pécheurs de la région pour ses truites savoureuses et ses nombreuses écrevisses qui descend rapidement l’étroite vallée pour se jeter dans l’Allier, vers le pont d’Auzon.
De mémoire de vivant, personne ne l’avait vu sortir de ses berges.

Et cependant, l’Auzon, aimable ruisselet, qu’on l’on franchit facilement à gué, est devenu tout à coup, en ce lundi soir du 16 juin 1930, un torrent déchaîné, balayant tout sur son passage, laissant derrière lui des ruines recouvertes d’un limon jaune et gras.

Il est près de huit heures du soir, il ne pleut pas, et les gens qui se promènent dans la rue qui longe le ruisseau s’aperçoivent de la montée rapide de l’eau et du débordement quasi instantané des berges.

Les pluies torrentielles tombées vers Chassignolles ont fait grossir l’Auzon quelques kilomètres en amont. Entrainés par l’eau, des troncs, des arbustes et autres débris se sont couchés dans l’étroite vallée en divers endroits du ruisseau. Ces « poches d’eau » naturellement constituées ont pendant quelques temps absorbé et régularisé le cours désordonné et bouillonnant du ruisseau.

Mais un de ces biens modestes barrages ne supporte plus la puissante poussée des eaux et finit par céder. L’abondante masse liquide entraîne inévitablement la rupture successive des autres « barrages » et le flux amplifié par cette foison d’eau et de débris grossissent à chaque fois d’autant le volume et la puissance du flot.

Lorsque le ruisseau arrive aux portes du bourg d’Auzon, il ne s’agit pas d’une crue qui s’avance mais un véritable mur liquide qui dévale la pente à une vitesse considérable dans un bruit assourdissant…

2 - « UN MUR LIQUIDE » QUI RAVAGE TOUT SUR SON PASSAGE …

 

DES SCÈNES DE SAUVETAGE ET DE DÉVOUEMENT

Les habitants dont les maisons sont adossées à la colline ont eu le temps de fuir.

Ceux qui se trouvent dans les maisons du fond de la vallée sont surpris. Dès la première alerte, le chef de brigade Maniol, et les gendarmes Picard et Mongeat, de Sainte-Florine, ont accouru vers Auzon et s’emploient activement à organiser les secours, avec les concours du maire M. André , du docteur Théodat, conseiller général, et le curé de la paroisse.

On crut tout d’abord qu’il y avait des victimes. De toutes parts les bonnes volontés accourent et avec des moyens de fortune, les personnes en difficulté sont tirées de ce mauvais pas.
  • M. Servant, dont nous avons vu l’atelier de charronnage emporté, s’était réfugié sur le toit. Il est entraîné, avec la charpente, à 500 mètres en aval. MM. Fargeix, Faye, Vidal, Rossignol, Abrial, et d ’autres anonymes réussissent après de maints efforts, à le ramener sain et sauf sur la terre ferme.
  • M. Antoine Borie Antoine et son épouse, surpris dans leur maison dont les portes et les cloisons ont été enfoncées, sont montés sur le fourneau. Ils résistent, à la poussée des eaux qui les atteint à mi-corps, quand ils sont rejoints et sauvés par MM. Servant fils et Faye.
  • Deux sexagénaires les sœurs Thomas, cernées dans une pièce du rez-de-chaussée de leur demeure, où l'eau atteint deux mètres, sont sauvées par le chef Maniol et son gendarme Picard.
  • A la Rivière-Haute, Mme Coudeyrette , surprise chez elle, avec de l’eau jusqu’ au menton lutte désespérément. Elle est tirée d’affaire, dans les conditions les plus périlleuses, par M. Albert Pagès.
     

De leurs côtés M. André, maire, et le docteur Théodat, font évacuer les immeubles menacés.

Alors que la nuit tombe, dans le grondement grave des eaux, ces scènes vont durer deux heures au maximum, mais deux heures pendant lesquelles chacun se demande, si la minute qui suit n’apporte pas une nouvelle catastrophe.

DES DĖGÀTS CONSIDÉRABLES


Les eaux furieuses balaient rues et places de la localité, emportant notamment une voiture dételée d’un agriculteur des environs, des faucheuses etc… trois autos qui se retrouvent dans le lit du torrent sous une couche de vase, de sable et débris de toutes sortes.
 

  • La première maison emportée est celle de M. Servant, charron, située à une dizaine de mètres du ruisseau. Pressentant le danger il avait eu le temps, heureusement de faire sortir sa famille et d’évacuer les bestiaux, mais lorsque lui-même, veut s’enfuir, il est trop tard et il doit se réfugier sur le toit de sa maison . Quelques minutes après la maison est emportée par les eaux et le charron, cramponné à une poutre ne doit la vie qu’à son énergie et au courage de trois jeunes du pays. A ses cris, M. Abrial, mécanicien, Rossignol, boucher à Auzon et Faugères de Lugeac, accourent et réussissent à la sauver. M. Servant, sérieusement contusionné, mais tout de même heureux de s’en tirer à bon compte et d’avoir la vie sauve.
     
  • Dans le quartier de « La Rivière Haute », la scierie Jouvet, récemment installée est littéralement anéantie en une minute. Les machines gisent plus bas, dans le ruisseau, hors d’usage.
     
  • Chez M. Chol, dépositaire de journaux, des ballots de journaux maculés sont renversés sur le sol, des articles de pêche, du linge, des meubles subissent la furie des eaux .

    *L’Hôtel Mathieu, un bel immeuble, tout récemment transformé et modernisé est complètement saccagé. Les portes sont enfoncées, deux lourds fourneaux de cuisine en fonte, sont entraînés. Une balle d’avoine, venue on ne sait d'où, se retrouve sur le piano mécanique. Le grand buffet, des tables, des chaises, une commode dont le tiroir fait office de caisse sont emportés. Et partout, la vase qui recouvre les parquets.
    De l’autre côté du ruisseau, relié par une passerelle, un bâtiment récemment construit long de 32 mètres à usage de remises, garages et écurie, ne résiste pas au déluge qui soulève également la passerelle.

     
  • Le vaste atelier de menuiserie mécanique, récemment installé par M. Jouvet, est rasé. Les 12 machines-outils qu’il renferme partent à la dérive.
     
  • La forge et l’atelier de charronnage de M. Abel Servant subissent le même sort.
     
  • Les maisons de Messieurs Jean Roche, jardinier et de Xavier Roche sont en partie détruites.
     
  • A l’atelier de menuiserie Giraud, le stock de bois est entraîné par le courant tout l’outillage est perdu.
     
  • Au moulin Bourrasset, cinq tonnes de farine sont détruites par l’eau.
     
  • A la scierie Peyrache, le banc de scie, le matériel, le stock de bois sont entrainés.
     
  • Un pont et deux passerelles sont enlevés d’une seule pièce tandis que poteaux télégraphiques et quatorze pylônes en fer cloisilloné de transport d’électricité ne peuvent résister à l’assaut du torrent et des troncs d’arbres qu’il roule.
     

En résumé, vingt immeubles détruits, plus de lumière, plus de communications télégraphiques et téléphoniques, la route de Brassac coupée sur plus de 100 mètres, l’eau ravage l’intérieur de la plupart des maisons.

En plus des immeubles, tous les champs, les vergers bordant la rivière, sont ravagés et ravinés. Un des propriétaires trouvera dans son pré, un demi-muid de bon vin, un pneu d’auto et plusieurs tonnes de bois, mais cela ne compensera jamais la perte de ses nombreux pommiers tous arrachés et partis avec le flot.

Dans cette zone basse du bourg, les maisons d’habitation sont évacuées à la hâte, et la situation est peut-être encore plus angoissante qu’ailleurs. Le niveau du torrent, entre les deux rives plus resserrées qu’ailleurs, monte de près de cinq mètres, en quelques minutes. Les eaux envahissent toute l’usine, renverse des murs, détériore l’outillage, emporte d’importantes quantités de produits chimiques. Des troncs d’arbres énormes sont transportés entre les bâtiments de l’usine.

Au cours de cette folle nuit, une vive émotion parcourt l’esprits des sauveteurs. M. Saintigny, chef de fabrication, qui habite l’usine, et le veilleur de nuit, demeurent introuvables. On est heureusement rassuré sur leurs sorts.

 

A l'approche du flot, M. Saintigny et sa bonne, sortis en hâte, se mirent à la recherche du veilleur de nuit pour donner l ’alarme. Surpris par les eaux, tous trois ont pris la précaution de se réfugier sur le bâti élevé d ’une machine d'où on a pu facilement les retirer de cette mauvaise posture.
 

Située proche de la confluence avec la rivière Allier, cette usine appartient à la Compagnie minière et métallurgique d’Auzon.

L’ensemble des bâtiments et de leurs dépendances couvrent une superficie de 12 hectares avec plus de 1 000 mètres couverts sur les deux rives de l’Auzon, que relient plusieurs passerelles. L’entreprise occupe une centaine d’ouvriers.

 

Cette usine traite les minerais de mispickel de la région et différents minerais d’importation pour la production de produits chimiques, notamment des sels arsenicaux pour le traitement des maladies cryptogamiques de la vigne et des autres cultures et des produits de tannage.

Pour une cause fortuite, le travail de nuit avait été supprimé lundi soir aux usines d’Auzon.

Le choc de la formidable masse d’eau, des arbres et des rochers entrainés contre l’usine ont produit l’effet d’un gigantesque coup de bélier. Les murs de clôture s’effondrent, les cloisons des ateliers explosent et les ponts sont emportés.

Dès la première alerte, M. Paul Sutter, directeur des usines, est accouru sur les lieux. Rejoint par les ingénieurs, les chefs de service et les ouvriers qui se sont rendus sur le site, tous tentent de sauver ce qui pouvait l’être.

Dans certaines parties de l’usine, l’eau atteint deux mètres. Les stocks de minerai, de charbon et de produits fabriqués sont entraînés, dispersés ou rendus inutilisables.

Dès le lendemain, ingénieurs, chimistes, ouvriers confondus, donnent toute leur énergie pour déblayer les décombres. Des pompes ont été installées pour puiser l’eau des points les plus bas. Ici et là des équipes s'attachent à remettre de l’ordre et à relever les machines. La tâche est immense. Presque toute l’usine est à reconstruire.

Des ruisselets courent encore entre les ateliers. Des enfants ramassent des écrevisses dans la cour de l'usine, et des truites montrent leur ventre blanc entre les machines. De l’avis du directeur, les dégâts, ne sont pas facilement évaluables mais ils sont certainement de l’ordre de plusieurs millions.

D’ores et déjà, la direction assure qu’il n’y aura pas de chômage et qu’en attendant la remise en route des ateliers, les ouvriers seront employés à la reconstruction.

4 - AU LENDEMAIN DE LA CATASTROPHE…

Le jour se lève et tout à chacun peut mesurer l’étendue des dégâts. Les journalistes clermontois de « L’Avenir du Plateau Central » se rendent à Auzon. Leurs premiers écrits sur la catastrophe révèlent les situations de détresse vécues par les gens du bourg :
« … nous connaissons le désastre dans toute son étendue. C’est une vision lamentable, qui retient longuement, sans pensée, et serre le cœur. Les mots manquent pour décrire le chaos apocalyptique de ce qui était, lundi matin encore une petite ville plaisante, et qui n’est plus qu’un amoncellement de ruines.

Nos photographies, prises dans un champ trop restreint, encore que fortement évocatrices, ne donnent qu’une idée imparfaite du désastre. En dehors de nos mauvais souvenirs de guerre, dans notre carrière déjà longue de reporter, nous ne gardons la mémoire d’aucune accumulation de ruines aussi désolantes… »

Dès la connaissance des faits, les autorités préfectorales se sont manifestées. Le sous- préfet de Brioude est de bonne heure sur les lieux, ainsi que le capitaine Brunel, commandant les brigades de gendarmerie de la région de Brioude, qui assume la direction des opérations de sauvetage.

Le sénateur de la Haute-Loire, M. Edouard Néron , intervient promptement auprès
du Gouvernement pour solliciter les aides et secours nécessaires.

D’ores et déjà, comme un ordre de mobilisation générale, les auzonnais retroussent les manches et se lancent dans le nettoyage des maisons et des rues. Une colonne de camions, chargés de madriers, accompagnés de l’ensemble des ouvriers d’un établissement brivadois arrive pour étayer les nombreuses maisons d ’Auzon dangereusement minées par les eaux, et qui menacent de s’écrouler.

M. Batifoulier, chef du secteur de Brassac de la Compagnie hydroélectrique d’Auvergne, s’est mis à l’ouvrage en mobilisant toutes les équipes disponibles de la région. Des poteaux de bois sont déjà amenés à pied d’œuvre et, dans quarante-huit heures, les électriciens espèrent que le courant sera rétabli. ….

Le Préfet de la Haute-Loire M. Theulet-Luizié, est également sr les lieux. Il a pris soin de visiter les sinistrés « pour les assurer de toute la sollicitude des pouvoirs publics »
Les observateurs du moment, laissent à croire que les malheureuses victimes feront l’objet d’attentions particulières. Il y a des ruines à relever, des misères à soulager. Sans doute, M. André, maire d’Auzon, a-t-il déjà pris les mesures utiles en ce sens, mais l’étendue des dégâts dépasse les possibilités de sa cité.
Ses administrés et lui espèrent fermement que l’Etat et le département de la Haute-Loire aideront à relever les ruines accumulées en quelques instants dans la vallée de l’Auzon…
 
Nous remercions Raymond pour ce récit détaillé de la catastrophe pour ceux qui le désirent voici le lien de la provenance du texte de cet article
Innondation d'Auzon en 1930
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Innondation d'Auzon en 1930
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Article d'origine

Photos du niveau de la crue

Innondation d'Auzon en 1930
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Innondation d'Auzon en 1930
Tag(s) : #Auzon Communauté, #Auzon, #Catastrophe, #Rivière

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